automne_002

 

La grande plage de Valras était bien vide en cette soirée d’automne.

Et c’était parfait !
Car j’aime à m’y retrouver seul quand le soleil s’estompe en un glacis nuageux de fruit rouge. Oh oui ! J’aime les dernières minutes aux couleurs flamboyantes de cette agonie astrale que le Temps répète depuis toujours. J’aime le mouvement des rayons qui s’épuisent, comme les gestes désespérés d’un naufragé qui lutterait pour ne pas disparaître à l’horizon…
Mais ce n’est pas triste ! C’est tout simplement…beau !

Ce soir encore, le perpétuel cérémonial s’accomplissait, jusqu’à ce que plus aucune trace du soleil ne se reflète à la surface de la mer.
Alors que la première vague de fraîcheur me saisissait,  elle apparut enfin ! Seule une moitié de la Demoiselle avait réussi à naître de son cycle, mais c’était suffisant, et devant moi, sur la bande de sable mouillé qui s’imprégnait du bout des vagues, la clarté pâle de la Lune irisait leurs baisers d’écume…


Une envie folle me prit tout à coup, j’étais seul sur la Terre et l’Univers me demandait de l’aimer… J’écartai les bras et me mis à courir la bouche ouverte. Quelques mètres encore et je l’embrasserai plus fort, quelques mètres encore et j’allais être celui dont les poumons retiendraient le plus d’air AU MONDE !

Mais ma bouche se remplit de sable et les yeux me brûlèrent. J’avais trébuché sur une bosse de sable et j’étais tombé lourdement à plat ventre… Le souffle coupé…
Prostré à genoux, crachant le sable qui m’étouffait, il fallut quelques secondes à ma respiration pour se calmer doucement au rythme du bruit des vagues, et quand je réussis finalement à me lever, la tête toujours baissée, j’époussetai mes jambes en souriant. J’imaginais le sourire de la Lune, qui j’en étais sûr, n’avait rien raté de la scène…
Ostensiblement pour la taquiner, je lui tournai le dos et regagnai l’emplacement où j’avais garé ma voiture…

Moi aussi je souriais dans l’ombre en fredonnant une chanson d’ Yves Montand.

"Sur les plages mortes se ramasse la pelle…"
"Ce soir j’ai embrassé la Terre, et nous étions unis…"

L’automne… Le Monde… Et Prévert…

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Ecrit et réalisé d'après le thème  "Les plages d'automne "  que nous offre le site Les Impromptus Littéraires (Ex mais toujours Coïtus dans mes liens). Thème pour lequel j'ai particulièrement  soigné l'image du site qui porte bien son nom aujourd'hui pour ce qui me concerne... Puisque j'ai adressé maladroitement le brouillon de ce texte, et qu'il a été publié  :o))

Impromptu(e): qui est fait sur-le-champ, non préparé, improvisé...

Vala vala vala ! Quand vous savez pas vous me demandez  ;o)