C’est bientôt l’anniversaire d’une petite fille…
Je pense beaucoup à elle, un peu triste aussi de voir que notre monde n’a pas encore la capacité de vivre en Paix… Parfois on se sent désemparé et un peu las de tous les gestes sans réelle efficacité qui sont comme des coups de lance dans l’eau… Ou dans des ailes de moulin…

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Avant de fêter cet anniversaire je voudrais vous raconter une histoire... L'histoire d'un "il" qui vit peut être encore de nos jours... Je pense que oui, mais on ne peut jamais rien affirmer quand on raconte des histoires...

Il « croivait » qu’avec deux bouts de bois il pouvait défaire des chars blindés… Ce n’était pas du tout un jeu pour lui, il « croivait » sincèrement que quelque chose dans son monde pouvait s'améliorer… Mais ce n’était pas facile avec deux bouts de bois, de faire ou d’écrire qu’il y a mieux que toutes les peines et les fureurs …

Durant sa  vie, il montra bien des courages pour sauver beaucoup de gens d’une mort certaine, il en assista des centaines un peu partout dans les mondes en détresse. Bravant les moulins des vents de tempête, sans jamais relâcher ses efforts… A chaque accalmie il se reposait et soufflait à son tour sur les ailes des moulins de l’amour, les étreignant de câlins au plus fort de leur vitesse à chaque tour…  Mais chaque fois tout recommençait, le ciel s’obscurcissait au loin pour alerter d'un danger qui l’appelait…

Et puis un jour, d’un ciel complètement noir, une tempête gigantesque survint, se dressant comme une vague cruelle à l’écume de sang, lui enlevant injustement ce à quoi il tenait le plus, son bébé qu’il aimait à en mourir d’un côté de la Terre, quand de l’autre il y avait toujours la guerre. Cette tempête eut raison de lui,  il vacilla tout doucement, puis il s'abattit très lourdement comme la lance devenue épuisante est lâchée par un vieux chevalier qui tient à peine sur sa flageolante haridelle…

Il tomba pour ne plus jamais se redresser…
Sur sa tombe vous ne trouverez pas grand-chose, juste ses deux petits bouts de bois croisés. Il y a aussi deux dates que sépare un petit trait. Une simple encoche rapidement ciselée pour raconter sa vie qui elle aussi, était passée… D’un trait… Mais cela suffisait certainement à le contenter car les deux dates enserraient ce petit trait comme le feraient deux mains pour un câlin éternel…

Il se fut appelé Don Quichotte, tant il combattit les moulins de haine qui tourneront encore longtemps au dessus de son corps enfoui dans cette terre qu'il avait tant aimée. Avant son dernier souffle, il supplia humblement que son corps soit couché sur le côté et que ses mains soient placées sur ses oreilles pour ne plus entendre cette douleur qui le submergeait, pour ne plus rien percevoir d'autre, juste le visage de l'enfant qu'il n'avait pu protéger …
Cette disparition qui l’avait blessé à tort...
Quand il n'attendait qu'un peu de rêve encore…

C’est ainsi, dans cette posture figée, recroquevillé comme un enfant sur lui même, que ses dernières larmes ont gagné un peu de silence…

Ce fut sa seule victoire…

 

 

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