Insérés dans le texte ci-dessous, deux vers célèbres de Victor Hugo.
Avec toute mon admiration, merci cher Poète éternel. Voilà….

reve


La dernière fois que j’ai embarqué sur un bateau à vent, je m’en souviens très bien, c’était après avoir lu les Contemplations du  Petit Prince.
Nous étions combien de marins, une dizaine tout au plus, parés à manœuvrer un courageux vaisseau commandé par combien de capitaines, un seul,
un conquérant des mers qui vivait intensément sa passion et ses voyages s’il faisait face aux bourrasques fouettant son visage. A tel point que même par vent nul, sa chevelure et le plissement de ses yeux en conservaient la mémoire.
Nous étions tant, entraînés depuis des mois à dépasser les vagues, et ainsi gagner la course sur le grand large, si nous pouvions franchir la ligne d’horizon les premiers…
C’est dire si notre motivation était ardente.

Pendant tout le temps que dura la sortie du port, je m’en souviens très bien, je me tenais au pied du grand mat et fixais sa pointe qui semblait disparaître dans le ciel.
Quand les balises vertes et rouges furent assez éloignées, le capitaine ordonna de hisser la grand-voile et je me souviens assez bien avoir empoigné vigoureusement le bout (la corde si vous préférez). Je m’en souviens bien car ce filin était composé de lignes roses et blanches, comme un bâton de guimauve.

Je ne sais pas ce qui s’est passé, je ne m’en souviens plus très bien, mais empressé de bien faire je tirai très fermement la drisse principale et d’un coup nous fûmes plongés dans le noir. Dans un noir immense, sans fin, uniquement dévoilé par la clarté des étoiles.
Sur le pont, le silence. Aucun n’osait plus prononcer un mot.
Ce moment d’étonnement fut long, très long, uniquement peuplé d’étranges réponses qui semblaient s’éloigner des bonnes questions.
Comme dans un canot à la dérive…

Lâchant vite la drisse je me tournai vers la poupe où le capitaine, solidement agrippé à la barre, jaugeait la situation de ses yeux dangereusement ouverts, leur imprimant un mouvement de tangage de la pointe du mat à mes mains, et inversement pour se planter enfin sur mon visage. « Ainsi donc, moi qui ai voyagé sur toutes les mers du monde, frôlé les pires dangers qui affleurent, bravé les tempêtes hurlantes qui ouvrent la mer pour engloutir les marins, je me retrouve maintenant avec mon bateau dans une situation des plus périlleuses » semblait il me dire. « Et tout ça par la faute d’un rêveur qui veut jouer avec le réel » marmonna t’il enfin pour ajouter à sa sentence.
Je m’en souviens très bien car dans les moments d’intenses reproches, le rictus qui soulevait sa pommette gauche, à bâbord, était très explicite d’un jugement divin que seul le maître à bord après Dieu pouvait prononcer.

-Capitaine, ô capitaine, vous n’allez tout de même pas croire que j’ai affalé le ciel en tirant sur cette drisse? M’exclamai-je pour ma défense.

-Non petit, c’est le contraire... Commença-t'il sans desserrer les dents. Tu as simplement « fixé » le haut du mat dans le ciel et en tirant de toutes tes forces tu as soulevé mon voilier à une hauteur folle ! Et ça, vois tu, c’est un axe de déplacement qui n’existe dans aucun manuel de navigation. Si tant est que se retrouver la quille en l’air puisse évoquer autre chose pour les navigateurs… Alors maintenant, le petit rêveur va monter à la pointe du mat, nous décrocher et laisser aller…DOUCEMENT ! Tonnerre-de-Brest-tonna t’il en tapant sa jambe de bois sur le pont. DOUCEMENT ! Ou bien le pied marin qui me reste, je te le fiche au derrière pour te jeter par-dessus bord !

C’est ainsi, sans plus aucun espoir irraisonnable, que je saisis à nouveau le filin.
Pendant la descente nous croisâmes un étrange vaisseau blanc, flanqué de minuscules ailes qui lui permettaient de faire la « Navette » entre Terre et Ciel. Chacun de ses hublots encadrait un visage stupéfait…
Mais dépité et lourdement épié par les regards chargés de reproches de mes compagnons, je n’avais plus le cœur de leur demander s’ils étaient heureux de flotter ici, sans attache, sans but et sans jamais apercevoir une ligne qui délimitait l’horizon… Car c’était celui là mon rêve...  

Un dernier regard vers l’étrange vaisseau et je laissai filer la drisse entre mes mains.
Doucement capitaine…De plus en plus doucement moi-même, à mesure que la lumière se faisait plus intense…
Réveil…

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PS:
Pour les physionomistes, Louise Nurding / Redknapp was here.
Je l’ai incrustée dans l’image, juste pour sa frimousse si expressive. Je doute qu’elle have a dream de voyageur stellaire, mais c’est certainement parce qu’elle est déjà une « star » outre-Manche. Merci Louise pour ta participation sur le photomontage, je t’embrasse.
Ici, dans le virtuel, je peux largement me le permettre. ;o)

J’explique le titre maintenant. Mare Tranquillitas, Incognita…
En 1969, d’après ce que rapporte la bande enregistrée de l’alunissage, un certain Armstrong a posé un aigle sur la Lune, au beau milieu de la Mer de la Tranquillité.

Je le dis maintenant avec beaucoup d’humour, Armstrong s’est retrouvé les pieds dans l’haut, mais à l’époque, en 1969 donc, ça ne me faisait pas rire, mais bien rêver… J’en rêve encore…

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